Légendes d'Aetherya

La Légende du Lac d’Abondance

La légende raconte que le lac était symbole de paix et de prospérité. Les territoires limitrophes jouissaient de situations exceptionnelles. Les plaines étaient plus fertiles ; les montagnes abritaient de plus grands filons, les forêts plus d’espèces végétales et animales que l’on pouvait en compter ; les marais se situaient sur un trajet migratoire d’oiseaux dont raffolaient les gobelins. Les rumeurs racontaient que ces dons de la nature provenaient du dragon endormi dans les profondeurs des eaux turquoise. Quiconque souhaitait profiter de cet environnement passait le pacte du sang : aucun peuple ne devait le verser. Car le reptile rêveur, d’après les anciens écrits, risquait de s’éveiller et de déchaîner sa fureur au contact de l’hémoglobine.

Tous se remémorèrent le pacte, ce jour-là. Les bannières et les drapeaux colorés dansaient avec la brise. Les chapiteaux et la musique s’élevaient aux bords du lac. Les chariots et les curieux se pressaient à l’entrée de la foire. Chaque année, la semaine précédant l’équinoxe du printemps se célébrait le festival du lac. À cette unique occasion, les quatre peuples se réunissaient autour de la paix et de la prospérité. Échanges commerciaux et culturels rythmaient les journées. La semaine s’achevait avec une touche de rivalité : le traditionnel concours artistique. Le risque de blessure avait écarté les compétitions sportives et les joutes. Tous s’accordèrent sur une compétition plus amicale.

Au tour des humains, saltimbanques et cracheurs de feu animaient la scène. Costumes colorés, flammes domptées, balles de jonglages et danseuses maquillées se succédaient dans une cohue bien organisée. Au tour des elfes, la démonstration se faisait plus martiale. Tour à tour, l’élite des archers aux oreilles pointues atteignaient des cibles de plus en plus éloignées. Chaque flèche perçait le centre avant d’être remplacée par la suivante. Le numéro atteignit son summum avec les cibles mobiles : un des elfes projetait des pommes dans les airs, au-dessus de la foule, toutes interceptées par les tireurs postés sur la scène. Au tour des nains, l’ambiance gagna en spontanéité et en chaleur. Un premier s’installa seul, au centre de la scène, avec un petit instrument. Ses paumes frappèrent un rythme simple et répété. D’autres suivirent et s’additionnèrent à la mélodie initiale. Une incroyable famille de percussions prit place dans une simplicité harmonieuse. Peaux tendues, tiges métalliques, cloches, cylindres de bois contenant du sable et disques brillants offraient leur variété de sonorité à l’ensemble.  Au tour des gobelins, sauts et acrobaties firent trembler la scène. Du haut de leur petite taille, ils s’évertuaient à faire preuve d’agilité et d’ingéniosité pour dépasser le sommet des chapiteaux. Échelles et pyramides prirent formes, faisant oublier les individus, remplacés par d’incroyables portés.

Le jury qui délibérait se composait d’un membre de chaque tribu. Pour éviter tout problème de compréhension, quatre jetons à l’effigie de chaque peuple servaient aux délibérations. Cette année, le choix était ardu tant et si bien que les voix haussèrent le ton.

À l’écart du spectacle et de la foule, l’artificier nain achevait les derniers détails de sa prestation. Il quitta sa tente et prit un grand bol d’air frais. Le feu se tirait traditionnellement à l’annonce du gagnant du concours de talent. Au loin, sur scène, les quatre jurés discutaient toujours. Quelque chose dans l’atmosphère l’inquiéta. L’elfe tirait sur la barbe du nain, le gobelin plantait son poignard dans la table ronde où reposaient les jetons et l’homme les récupérait en esquivant habilement la petite lame aiguisée. Les spectateurs aussi s’agitaient, se chamaillaient, revendiquaient la victoire pour leur peuple. Une goutte de sueur glissa le long de la tempe de l’artificier. Il recula sans se retourner, glissant sous la toile de sa tente. Au fond, au sol, entre plusieurs rangées de caisses, une liane formée de dizaines de fines ficelles fut allumée. Les étincelles pétillaient autant que l’espoir dans les yeux du nain, espoir d’éviter la catastrophe. La flamme progressa le long des cordelettes, aussi fascinante que la chute de dominos bien rangés. La liane se divisa, les ficelles se désunissaient en une complexe arborescence. Le silence puis les fusées. Les disputes triviales s’interrompirent à la première explosion au-dessus d’eux. Les milliers d’yeux se levèrent, reflétant la multitude de paillettes incandescentes qui illuminaient le ciel nocturne. Les flashs lumineux se succédaient dans un balai incessant de couleurs et de formes étincelantes. La tempête d’explosions dominait le public redevenu calme. A l’apogée du spectacle pyrotechnique, une longue fusée siffla vers le ciel. Un silence, l’obscurité. Puis elle embrasa le ciel de deux grandes ailes rouges qui s’ouvraient au-dessus du lac avant de retomber avec légèreté à la surface de l’eau. Le dragon de feu s’éteint et retrouva sa prison au fond des abysses.


La légende raconte que le lac était symbole de paix et de prospérité. Mais seule la lourde menace enfouie maintenait la trêve des quatre peuples autour de l’oasis.

 Aslaug  Contes & légendes

* L’illustration de cette Légende représente la présence des 4 tribus dans un même Royaume.

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