Légendes d'Aetherya

La Légende de la troisième aube

La légende raconte que le combat dura trois jours et deux nuits. Les griffes et les flammes avaient lutté avec acharnement contre les filets et les flèches. L’un protégeait son territoire, les autres assouvissaient leur soif de conquête. Bien que techniquement et mentalement préparés, les hommes se trouvèrent en forte difficulté face à un dragon leur opposant toute sa force et sa rage.

La première journée, le bataillon d’archers débusqua l’immense reptile. La bête dormait dans le sillon laissé par une ancienne rivière, au creux de gorges calcaires. Son souffle était lent et régulier. Ses écailles sombres dansaient au rythme de sa respiration, seul signe de vie au sein de son immense carcasse froide. Prévenus rapidement, les hommes du deuxième bataillon gagnèrent les gorges, armés de piques et de filets. La première journée ne fut que succession de filets lancés, déchirés, remplacés et de piques brandies, brisées encore et encore. Tirée de son sommeil, la bête féroce se débattit de toutes ses forces bien que cernée de silhouettes en armures armées jusqu’aux dents. Aucune pointe ni flèche n’eut raison de ses épaisses écailles alignées aussi ingénieusement qu’une côte de mailles. Ils ne réussirent qu’à le fatiguer au prix de lourds sacrifices matériels et humains.

Au camp de base, la première journée touchait à sa fin dans une agitation inhabituelle. Les blessés se rassemblèrent sous le chapiteau médical. Le commandant des armées convoqua le bataillon d’élite. L’unité ne comptait que quelques membres aux talents divers. Leur périlleuse mission consistait à survivre une nuit face au dragon et ainsi contenir sa fureur hors de portée du camp. Les quatre membres vêtus d’une armure légère en cuir noir ponctuée de lacets et de clous prirent la route accompagnés des dernières lueurs du jour. Dans le vallon, des bruits de combats perduraient, des flammes éclairaient ponctuellement les falaises claires.

Le bataillon amoindri et fatigué laissa volontiers la place aux quatre guerriers. Un marathon débuta. Chacun se positionna tout près d’une patte du dragon. Usé par sa journée de lutte, celui-ci tentait de les maintenir à distance par des coups de griffes réguliers. Les hommes reculaient, esquivaient puis se repositionnaient. Un filet entravait l’une des ailes du reptile, le privant de toute tentative de fuite par les airs. D’un grand mouvement de queue, il faucha les deux combattants sur ses arrières. Puis reculant son immense crâne hérissé de pics, il prit une longue inspiration qui semblait aviver des braises au fond de sa gorge. Allongeant son cou et ouvrant sa mâchoire, il s’apprêta à faire feu. Une flèche siffla et percuta sa mandibule si fort qu’elle dévia le souffle ardent vers le ciel. L’un des guerriers balayé par la queue du dragon avait roulé sous son corps. Allongé dos au sol, il put exécuter parfaitement son tir de déviation à l’aide d’une arbalète en chêne. Malgré de nombreuses tentatives pendant la nuit, aucune de leurs armes n’eut raison de l’armure d’écailles de la bête. Après de longues tentatives de blesser la bête, ils se replièrent, relevé par un bataillon de lanciers reposés, dès les premiers rayons de soleil.

De retour au camp, le commandant accueillit les quatre guerriers et leur pronostic. Aucune arme en leur possession ne leur offrirait la victoire. La conquête semblait fortement compromise. La journée se passa comme la première. Les bataillons se succédaient pour occuper la bête. Un émissaire fut envoyé en quête d’aide. Une rumeur courait au sujet d’un elfe, dresseur de dragon. Le cavalier le plus rapide se lança à sa rencontre. Aussi sûr de sa monture que de sa capacité à convaincre l’elfe de les aider, il assura le commandant de son retour pour la troisième aube. Celui-ci assura à son tour au bataillon d’élite qu’ils n’auraient à occuper le dragon qu’une seule nuit de plus, que la solution viendrait à eux avec le jour.

Aucun d’eux n’avait menti. Le combat dura toute la nuit, les guerriers luttèrent pour leur survie face à un dragon toujours féroce. L’un d’eux fut brûlé au bras droit, le cuir semblant fusionner avec sa peau. 

Un autre écopa d’une large entaille sur la cuisse, souvenir d’une griffe de dragon. Les deux autres s’en sortirent avec de nombreuses ecchymoses au torse et aux bras. Mais leur sauveur arriva avec la troisième aube, comme promis. Une silhouette encapuchonnée et à l’abri sous une longue cape marron gagna les gorges, transportant pour seul bagage un paquet allongé emballé dans un tissu beige. Il s’approcha rapidement, laissant retomber sa capuche sur ses épaules, dévoilant de longues oreilles pointues habillées d’une abondante chevelure dorée. Le linge de son paquet fut dénoué et déroulé, dévoilant un long bâton de bois noueux, surmonté d’une gemme translucide. 

Bâton de commandement : Permet de domestiquer instantanément un Dragon.

Un silence funèbre s’installa, stoppant même le chant des oiseaux. L’elfe brandit l’artefact haut devant lui et le balança lentement de la gauche vers la droite. Les yeux plissés du dragon s’arrondirent, de même que ses pupilles rivées sur la pierre précieuse au bout du bâton. La rage dont il eût fait preuve jusqu’alors disparut, enfouie en lui aussi longtemps que l’éclat du bâton brillerait devant ses fines pupilles noires.


La légende raconte que le combat dura trois jours et deux nuits. La bataille prit fin grâce à l’alliance des hommes et des elfes, scellée par la promesse d’un partage équitable des gains. Les hommes purent jouir des territoires délivrés du joug de la bête. Les elfes, quant à eux, regagnèrent leur forêt avec le plus beau trophée vivant jamais rapporté.

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* L’illustration de cette Légende représente une alliance entre les Elfes et les Humains.

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