Légendes d'Aetherya

La Légende de la forêt millénaire

La légende raconte que le cœur de la forêt millénaire demeurait inexploré. Même pour l’illustre famille de cartographe, dont la tâche se perpétuait de père en fils. D’aucun n’avait achevé de répertorier chaque clairière et chaque grotte, chaque sorte d’arbre et chaque mammifère. Et ce, malgré leur longévité elfique. Le village perché de cabanes tantôt regroupées tantôt disséminées comptait seulement quelques familles. Plusieurs générations co-existaient. Anciens profitaient de la fougue des nouveaux ; jeunots usaient du savoir de leurs aînés. À un jour de marche de l’abord de la forêt, le hameau du peuple des bois vivait dans le respect de leur environnement et en cultivant ses richesses.

Un lièvre au pelage soyeux équipé d’un harnais en cuir déboucha d’un buisson, directement sur la place centrale du village. Les silhouettes bipèdes ne l’effrayaient guère et il fila par un petit escalier en colimaçon vers les hauteurs d’un chêne aussi âgé que la forêt. Une trappe le fit pénétrer dans la pièce de vie des cartographes.

– Mère, il y a un message de mon frère.

Le lièvre fut libéré de son harnais et nourrit. Le petit parchemin contenu dans sa partie dorsale fut déroulé.

« À ma famille,

Cela fait un jour que j’ai dépassé la chênaie de l’aube et prit la direction du territoire des loups. Demain soir, j’atteindrai la nouvelle limite explorée. Quand vous aurez ce message, je ne tarderai pas à faire demi-tour. Ici, la chasse est plus difficile. La forêt se densifie, les baies sont plus petites. Je tâcherai d’emmener plus de provisions pour la prochaine expédition. Peut-être pourrai-je également emmener notre cadette pour sa première sortie ? À très vite et en pleine forme, votre fils dévoué. »

Le jeune elfe rangea son matériel d’écriture et recompta ses provisions en laissant filer le lièvre vers son foyer. En ce tout début de matinée, les loups dormaient et ne risquaient pas d’intercepter son message. Il replaça son baluchon sur son épaule, ajusta son arc dans son dos et quitta la souche creuse couverte de mousse qui fut son refuge d’une nuit. La frontière du territoire des loups se dressait devant lui : une barre rocheuse verticale aux stries régulières. Sur la carte de son grand-père, elle figurait sous forme de hachures noires inclinées. Au-delà, le parchemin demeurait vierge. L’ascension fut aisée grâce aux nombreuses failles verticales et horizontales quadrillant la roche calcaire.

Au sommet, un plateau d’hêtres et de bouleaux s’offrait aux yeux avisés du cartographe. Il s’y aventura avec entrain et enthousiasme, avide de définir le nom de cette nouvelle région. L’air rafraîchissait, sous le dense maillage de branches généreusement fournies en feuillage. La lumière filtrée dévoilait une terre sombre où serpentaient les racines les plus superficielles des arbres. à l’odeur humide et végétale s’ajoutait la fragrance pleine de rondeurs des champignons. La mélodie de la forêt complétait le tableau : bruissements de feuilles, craquements de bois sec et ruissellements sous les roches. Dans cette partie de la forêt, le temps semblait s’écouler avec plus de viscosité. L’elfe sillonnait l’orée méthodiquement, mémorisant les reliefs et les distances. Chaque heure passée l’emmenait plus profondément. Seule la faim lui rappela le temps écoulé. Il s’arrêta devant une grande arche naturelle formée de pierre et de diverses plantes. La voûte lisse était surplombée par des fougères et autres lierres tombants. Elle s’ouvrait face à lui telle une bouche béante réhaussée d’une moustache verte. Croquant et mastiquant un morceau de viande séchée l’elfe y pénétra sans prendre le temps de finir sa collation. Une clairière s’ouvrit sur le portail rocheux. Une vasque circulaire creusée au centre témoignait d’un ancien lac, présence d’autrefois d’une réserve d’eau douce, envahie aujourd’hui par un généreux tapis herbeux, moelleux sous le pied et doux sous les doigts. Les yeux du cartographe arpentaient ce havre de paix. Une roche atypique attira son regard. De la hauteur d’un homme, d’une forme lisse ovoïde, d’une teinte grise bleutée uniforme. Il y apposa les mains.

La surface n’était pas froide malgré l’absence de soleil. Il approcha son visage. Aucune odeur n’émanait de la paroi. Il y déposa son oreille pointue. Boum boum. Croyant à une hallucination, l’elfe demeura ainsi. Boum boum. Le battement persista. Emerveillé par sa découverte, le cartographe s’empressa de compléter ses documents, faisant fi du danger de l’endroit. Au-delà des hachures, il inscrivit les lettres : « antre draconique ».

La légende raconte que le cœur de la forêt millénaire demeurait inexploré. Elle raconte que cette forêt recelait de nombreux secrets. Elle raconte qu’elle était le sanctuaire de nombreuses espèces oubliées.

  Aslaug – Contes & légendes

* L’illustration de cette légende représente des grandes forêts dans un royaume (3 terrains de type forêt adjacents).

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