Légendes d'Aetherya

La Légende du massif enneigé

La légende raconte qu’ils étaient six. Le meneur, un humain d’âge mûr et à la stature imposante, unifiait le groupe et prenait les décisions cruciales. Le guide, un nain aux connaissances infaillibles sur la montagne, aidait les cinq humains à les traverser au plus court et au plus sûr. Le pyromancien, jeune mage major de sa promotion, éclairait les nuits et réchauffait le camp. L’archère, adepte de périples en pleine nature, assurait les stocks de provisions grâce à son expérience de chasseuse. Enfin, les deux fines lames, frère et sœur jumeaux connus pour leurs talents au combat, fermaient la marche à l’affût des fâcheuses rencontres. Leur périlleuse mission de messagers les mena aux plus profondes vallées, aux plus hauts sommets, bravant les dangers du réputé infranchissable massif enneigé. Ce choix ambitieux d’itinéraire reposait sur l’espoir d’éviter la route d’assassins ou de rebelles à leurs trousses. La précieuse missive, dans son écrin de cuir suspendu au ceinturon du meneur, scellerait une alliance vitale pour le peuple d’origine des cinq compagnons.

La voix du nain résonna avant d’être absorbée par l’épaisse couche de neige :

     Le temps tourne, la tempête approche. Trouvons un abri. En prenant à gauche, ici, on descend dans le vallon. Peut-être qu’il y aura quelques cavernes.

Le groupe bifurqua. La descente était rude. La neige fraîche glissait sous les pieds et pénétrait dans les bottes. Le meneur ouvrait la marche. Derrière lui, chacun scrutait les reliefs en quête de failles, de renfoncements ou d’ouverture dans la roche au manteau blanc.

Un cri interrompit la concentration du groupe. Le sol se déroba sous les appuis du jumeau. Son corps plongea dans les profondeurs. Un écho, quelques secondes plus tard, rassura le reste du groupe quant à l’état de santé du cascadeur. Une corde fut déroulée, un nœud fut serré, une torche allumée. À l’intérieur, tout était de glace. Les ombres dansaient au rythme du crépitement des flammes. Reflétées sur les murs lisses, les six semblaient légion. Les couloirs creusés par les rivières souterraines cheminaient sous terre, de rares puits creusaient de hautes voûtes scintillantes. Une grande salle s’ouvrit à eux. La lumière des torches se perdait dans l’infinité des murs. À dix mètres devant eux le sol plongeait dans les eaux sombres d’un lac enfoui. L’archère déchargea le bois de son sac, rapidement embrasé par le magicien. Le camp prit place autour du foyer. Dans l’impossibilité de connaître l’avancée de la journée ou la tombée de la nuit, ils décidèrent de bivouaquer. En terre inconnue, il valait mieux progresser au meilleur de leur forme. Nullement fatigué, le pyromancien se proposa au premier tour de garde. Seul le clapotement de gouttes d’eau suintantes et de légers ruissellements les épargnaient d’un lourd silence. Pour lutter contre l’ankylose de ses jambes, le magicien décida de faire le tour de la salle. Sa forme circulaire dépassait les vingt mètres de diamètre et offrait un volume d’air confortable même pour un groupe grâce à son plafond cathédrale. Une boule de feu flottait au-dessus de la paume de sa main. Sa chaleur rendait les parois à proximité brillante d’humidité. Sur ces mêmes parois se reflétaient à la perfection l’ombre du jeune homme et le petit astre incandescent. Progressant doucement le long du mur, les doigts glissant à sa surface glaciale, il remarqua une ombre se détacher de la sienne. Ses yeux s’écarquillèrent, son pouls accéléra, sa gorge se serra. Sans crier gare, il se retourna brusquement, brandissant la main devant lui, prêt à attaquer son assaillant. Rien. L’obscurité devant lui, la lueur du camp plus loin. Il était seul. Approchant sa flamme avec prudence, le pyromancien inspecta de nouveau le mur. L’ombre y était inchangée et figée dans la glace. Elle ne se trouvait pas derrière lui mais de l’autre côté de la surface. L’humain ouvrit les bras. Une couronne de flamiches s’alluma autour de lui. Les lumières plus diffuses lui révélèrent mieux l’être à l’intérieur.

Une silhouette bipède. Une carrure supérieure à la normale. Des habits archaïques en peau. Un revêtement cutané irrégulier et dessiné d’écailles. Un crâne allongé et hérissé de pics de kératine. Le magicien recula d’un pas et interpella le reste du groupe, assumant la responsabilité d’un réveil en l’absence de danger imminent.

– Hé, les gars ! Je crois qu’on n’est pas les premiers à passer par ici…

La légende raconte qu’ils étaient six, ce jour-là, à découvrir le secret enfoui au cœur du massif enneigé.

  Aslaug – Contes & légendes

* L’illustration de cette légende représente des grandes montagnes dans un royaume (3 terrains de type montagne adjacents).

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