Légendes d'Aetherya

La Légende du garçon au bandeau

La légende raconte que le jeune garçon à un œil fut le seul rescapé du village de pêcheurs. C’était une nuit dégagée et éclairée par une demi-lune orangée. Le village s’endormait. Rassasié par son ragoût où nageaient morceaux de viandes et pommes de terre, le jeune garçon put sortir de table. Il quitta la pièce principale et gagna la chambre, seule et unique pièce de repos pour ses parents et lui. La maison n’était pas grande ni prétentieuse mais leur offrait le confort suffisant pour partager repas et repos mérité. Alors que sa mère lui comptait monts et merveilles pour l’aider à s’endormir, un grand fracas leur parvenu de la pièce d’à côté. La femme plongea instinctivement sur le lit pour protéger son fils. Un hurlement de douleur explosa dans la direction de la porte de la chambre. Le jeune garçon gémit en tentant de retenir ses sanglots. Le cri stoppa, disparaissant dans un gargouillis à peine audible. Trois petites silhouettes sautillantes apparurent dans l’ouverture éclairée. Du sang suintait du couteau du premier, le deuxième ricanait à la façon des hyènes, le troisième menaçait l’humaine de son arc de basse manufacture.  D’un geste de sa lame, le gobelin invita la femme à se décaler pour lui livrer l’enfant. Celui-ci se retrouva blotti contre la poitrine de sa mère qui le serrait fortement.

 Mais l’étreinte se relâcha au même moment où il entendit les battements cardiaques ralentir et le liquide chaud couler sur ses mains. Tapotant et tâtonnant le dos de sa mère, le garçon éclata en sanglots en découvrant un trait de bois fins transperçant la chair. Il s’écarta en criant de rage. Son dernier souvenir fut l’éclat de la lame et l’intense douleur au visage.

Courbatu et un goût de sang dans la bouche, le garçon se redressa difficilement pour s’assoir. Il était assis sur une paillasse au sol, alignée avec des dizaines d’autres. Il voyait très mal et sa tête pulsait d’une douleur lancinante.

– Tu ne devrais pas l’enlever, murmura une voix cristalline provenant de la couchette voisine, ton bandeau. Tu ne devrais pas l’enlever.

Portant sa main au front, le garçon réalisa qu’un tissu noué autour de son crâne couvrait sa tempe et son œil gauche. Même léger, ce contact le fit frémir de douleur.

– Guéris vite et prie. L’homme chat n’emmène que les plus forts. Les autres, comme moi, restent et attendent… 

Une grande toile tissée en larges mailles abritait le campement. De son œil valide, le garçon analysait son environnement. Chaque couchette accueillait un enfant, sans doute orphelin, comme lui. À l’extérieur de la toile, des martèlements métalliques rythmaient les pas de courses des gobelins. Un fouet claqua. Tous les orphelins se levèrent et se positionnèrent droit comme des piquets au bout de leur paillasse, formant une haie d’honneur. 

Le garçon les imita malgré les vertiges provoqués par la station debout. Une silhouette un peu plus grande pénétra sous l’ombre de la tente. D’une tête de plus que les gobelins, l’humanoïde au regard félin scrutait la marchandise. Une cape en velours protégeait ses secrets et son corps couvert de pelage auburn. Mais la bourse suspendue à sa ceinture qui tintait trahissait des activités lucratives. Ses fines pupilles analysaient les enfants un à un. Au bout de la rangée, il récompensa le gobelin qui l’accompagnait d’une poignée de gemmes multicolores en lui désignant quelques gaillards.

La transaction fut interrompue par un son de cor. La panique gagna les petits êtres verts, grouillants, sautillants, criants. Les enfants se regroupèrent instinctivement au centre de la tente. Un bruit grondant emplissait l’espace, de plus en plus menaçant. Des sifflements précédaient les cris agonisants de gobelins, empalés sans merci par de longs javelots. Puis la cavalerie déferla sur le camp. Quelques minutes suffirent à réduire la troupe de gobelin à néant. L’homme chat avait déguerpi aussi vite qu’il était apparu. Un cavalier mit pied à terre et s’approcha des enfants sous la tente. Le petit garçon borgne chercha son regard à travers son heaume, de son unique œil méfiant et terrifié. Il écartait les bras, protégeant dans son dos sa voisine de couchette. L’homme retira son casque, dévoilant un visage ridé mais vigoureux, grave mais rassurant.

– Doucement petit homme, n’ai crainte. Le temps des fouets et de la faim est terminé. Viens avec moi et dis-moi d’où tu viens.

 

La légende raconte que le jeune garçon à un œil fut le seul rescapé du village de pêcheurs. Aujourd’hui commandant des armées de l’Ouest, il mit fin à la guerre contre les Gobelins en tuant leur roi d’un trait dans le cœur. C’est de son œil unique que fut dirigée la flèche qui vengea sa mère. Il contribua également à démanteler le réseau esclavagiste des félins trafiquants.

  Aslaug – Contes & légendes

* L’illustration de cette Légende représente une bataille Légendaire entre le peuple Humain et le peuple Gobelins.

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