Légendes d'Aetherya

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende du garçon au bandeau

    La légende raconte que le jeune garçon à un œil fut le seul rescapé du village de pêcheurs. C’était une nuit dégagée et éclairée par une demi-lune orangée. Le village s’endormait. Rassasié par son ragoût où nageaient morceaux de viandes et pommes de terre, le jeune garçon put sortir de table. Il quitta la pièce principale et gagna la chambre, seule et unique pièce de repos pour ses parents et lui. La maison n’était pas grande ni prétentieuse mais leur offrait le confort suffisant pour partager repas et repos mérité. Alors que sa mère lui comptait monts et merveilles pour l’aider à s’endormir, un grand fracas leur parvenu de la pièce d’à côté. La femme plongea instinctivement sur le lit pour protéger son fils. Un hurlement de douleur explosa dans la direction de la porte de la chambre. Le jeune garçon gémit en tentant de retenir ses sanglots. Le cri stoppa, disparaissant dans un gargouillis à peine audible. Trois petites silhouettes sautillantes apparurent dans l’ouverture éclairée. Du sang suintait du couteau du premier, le deuxième ricanait à la façon des hyènes, le troisième menaçait l’humaine de son arc de basse manufacture.  D’un geste de sa lame, le gobelin invita la femme à se décaler pour lui livrer l’enfant. Celui-ci se retrouva blotti contre la poitrine de sa mère qui le serrait fortement.

     Mais l’étreinte se relâcha au même moment où il entendit les battements cardiaques ralentir et le liquide chaud couler sur ses mains. Tapotant et tâtonnant le dos de sa mère, le garçon éclata en sanglots en découvrant un trait de bois fins transperçant la chair. Il s’écarta en criant de rage. Son dernier souvenir fut l’éclat de la lame et l’intense douleur au visage.

    Courbatu et un goût de sang dans la bouche, le garçon se redressa difficilement pour s’assoir. Il était assis sur une paillasse au sol, alignée avec des dizaines d’autres. Il voyait très mal et sa tête pulsait d’une douleur lancinante.

    – Tu ne devrais pas l’enlever, murmura une voix cristalline provenant de la couchette voisine, ton bandeau. Tu ne devrais pas l’enlever.

    Portant sa main au front, le garçon réalisa qu’un tissu noué autour de son crâne couvrait sa tempe et son œil gauche. Même léger, ce contact le fit frémir de douleur.

    – Guéris vite et prie. L’homme chat n’emmène que les plus forts. Les autres, comme moi, restent et attendent… 

    Une grande toile tissée en larges mailles abritait le campement. De son œil valide, le garçon analysait son environnement. Chaque couchette accueillait un enfant, sans doute orphelin, comme lui. À l’extérieur de la toile, des martèlements métalliques rythmaient les pas de courses des gobelins. Un fouet claqua. Tous les orphelins se levèrent et se positionnèrent droit comme des piquets au bout de leur paillasse, formant une haie d’honneur. 

    Le garçon les imita malgré les vertiges provoqués par la station debout. Une silhouette un peu plus grande pénétra sous l’ombre de la tente. D’une tête de plus que les gobelins, l’humanoïde au regard félin scrutait la marchandise. Une cape en velours protégeait ses secrets et son corps couvert de pelage auburn. Mais la bourse suspendue à sa ceinture qui tintait trahissait des activités lucratives. Ses fines pupilles analysaient les enfants un à un. Au bout de la rangée, il récompensa le gobelin qui l’accompagnait d’une poignée de gemmes multicolores en lui désignant quelques gaillards.

    La transaction fut interrompue par un son de cor. La panique gagna les petits êtres verts, grouillants, sautillants, criants. Les enfants se regroupèrent instinctivement au centre de la tente. Un bruit grondant emplissait l’espace, de plus en plus menaçant. Des sifflements précédaient les cris agonisants de gobelins, empalés sans merci par de longs javelots. Puis la cavalerie déferla sur le camp. Quelques minutes suffirent à réduire la troupe de gobelin à néant. L’homme chat avait déguerpi aussi vite qu’il était apparu. Un cavalier mit pied à terre et s’approcha des enfants sous la tente. Le petit garçon borgne chercha son regard à travers son heaume, de son unique œil méfiant et terrifié. Il écartait les bras, protégeant dans son dos sa voisine de couchette. L’homme retira son casque, dévoilant un visage ridé mais vigoureux, grave mais rassurant.

    – Doucement petit homme, n’ai crainte. Le temps des fouets et de la faim est terminé. Viens avec moi et dis-moi d’où tu viens.

     

    La légende raconte que le jeune garçon à un œil fut le seul rescapé du village de pêcheurs. Aujourd’hui commandant des armées de l’Ouest, il mit fin à la guerre contre les Gobelins en tuant leur roi d’un trait dans le cœur. C’est de son œil unique que fut dirigée la flèche qui vengea sa mère. Il contribua également à démanteler le réseau esclavagiste des félins trafiquants.

      Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette Légende représente une bataille Légendaire entre le peuple Humain et le peuple Gobelins.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende du massif enneigé

    La légende raconte qu’ils étaient six. Le meneur, un humain d’âge mûr et à la stature imposante, unifiait le groupe et prenait les décisions cruciales. Le guide, un nain aux connaissances infaillibles sur la montagne, aidait les cinq humains à les traverser au plus court et au plus sûr. Le pyromancien, jeune mage major de sa promotion, éclairait les nuits et réchauffait le camp. L’archère, adepte de périples en pleine nature, assurait les stocks de provisions grâce à son expérience de chasseuse. Enfin, les deux fines lames, frère et sœur jumeaux connus pour leurs talents au combat, fermaient la marche à l’affût des fâcheuses rencontres. Leur périlleuse mission de messagers les mena aux plus profondes vallées, aux plus hauts sommets, bravant les dangers du réputé infranchissable massif enneigé. Ce choix ambitieux d’itinéraire reposait sur l’espoir d’éviter la route d’assassins ou de rebelles à leurs trousses. La précieuse missive, dans son écrin de cuir suspendu au ceinturon du meneur, scellerait une alliance vitale pour le peuple d’origine des cinq compagnons.

    La voix du nain résonna avant d’être absorbée par l’épaisse couche de neige :

         Le temps tourne, la tempête approche. Trouvons un abri. En prenant à gauche, ici, on descend dans le vallon. Peut-être qu’il y aura quelques cavernes.

    Le groupe bifurqua. La descente était rude. La neige fraîche glissait sous les pieds et pénétrait dans les bottes. Le meneur ouvrait la marche. Derrière lui, chacun scrutait les reliefs en quête de failles, de renfoncements ou d’ouverture dans la roche au manteau blanc.

    Un cri interrompit la concentration du groupe. Le sol se déroba sous les appuis du jumeau. Son corps plongea dans les profondeurs. Un écho, quelques secondes plus tard, rassura le reste du groupe quant à l’état de santé du cascadeur. Une corde fut déroulée, un nœud fut serré, une torche allumée. À l’intérieur, tout était de glace. Les ombres dansaient au rythme du crépitement des flammes. Reflétées sur les murs lisses, les six semblaient légion. Les couloirs creusés par les rivières souterraines cheminaient sous terre, de rares puits creusaient de hautes voûtes scintillantes. Une grande salle s’ouvrit à eux. La lumière des torches se perdait dans l’infinité des murs. À dix mètres devant eux le sol plongeait dans les eaux sombres d’un lac enfoui. L’archère déchargea le bois de son sac, rapidement embrasé par le magicien. Le camp prit place autour du foyer. Dans l’impossibilité de connaître l’avancée de la journée ou la tombée de la nuit, ils décidèrent de bivouaquer. En terre inconnue, il valait mieux progresser au meilleur de leur forme. Nullement fatigué, le pyromancien se proposa au premier tour de garde. Seul le clapotement de gouttes d’eau suintantes et de légers ruissellements les épargnaient d’un lourd silence. Pour lutter contre l’ankylose de ses jambes, le magicien décida de faire le tour de la salle. Sa forme circulaire dépassait les vingt mètres de diamètre et offrait un volume d’air confortable même pour un groupe grâce à son plafond cathédrale. Une boule de feu flottait au-dessus de la paume de sa main. Sa chaleur rendait les parois à proximité brillante d’humidité. Sur ces mêmes parois se reflétaient à la perfection l’ombre du jeune homme et le petit astre incandescent. Progressant doucement le long du mur, les doigts glissant à sa surface glaciale, il remarqua une ombre se détacher de la sienne. Ses yeux s’écarquillèrent, son pouls accéléra, sa gorge se serra. Sans crier gare, il se retourna brusquement, brandissant la main devant lui, prêt à attaquer son assaillant. Rien. L’obscurité devant lui, la lueur du camp plus loin. Il était seul. Approchant sa flamme avec prudence, le pyromancien inspecta de nouveau le mur. L’ombre y était inchangée et figée dans la glace. Elle ne se trouvait pas derrière lui mais de l’autre côté de la surface. L’humain ouvrit les bras. Une couronne de flamiches s’alluma autour de lui. Les lumières plus diffuses lui révélèrent mieux l’être à l’intérieur.

    Une silhouette bipède. Une carrure supérieure à la normale. Des habits archaïques en peau. Un revêtement cutané irrégulier et dessiné d’écailles. Un crâne allongé et hérissé de pics de kératine. Le magicien recula d’un pas et interpella le reste du groupe, assumant la responsabilité d’un réveil en l’absence de danger imminent.

    – Hé, les gars ! Je crois qu’on n’est pas les premiers à passer par ici…

    La légende raconte qu’ils étaient six, ce jour-là, à découvrir le secret enfoui au cœur du massif enneigé.

      Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette légende représente des grandes montagnes dans un royaume (3 terrains de type montagne adjacents).

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende de la forêt millénaire

    La légende raconte que le cœur de la forêt millénaire demeurait inexploré. Même pour l’illustre famille de cartographe, dont la tâche se perpétuait de père en fils. D’aucun n’avait achevé de répertorier chaque clairière et chaque grotte, chaque sorte d’arbre et chaque mammifère. Et ce, malgré leur longévité elfique. Le village perché de cabanes tantôt regroupées tantôt disséminées comptait seulement quelques familles. Plusieurs générations co-existaient. Anciens profitaient de la fougue des nouveaux ; jeunots usaient du savoir de leurs aînés. À un jour de marche de l’abord de la forêt, le hameau du peuple des bois vivait dans le respect de leur environnement et en cultivant ses richesses.

    Un lièvre au pelage soyeux équipé d’un harnais en cuir déboucha d’un buisson, directement sur la place centrale du village. Les silhouettes bipèdes ne l’effrayaient guère et il fila par un petit escalier en colimaçon vers les hauteurs d’un chêne aussi âgé que la forêt. Une trappe le fit pénétrer dans la pièce de vie des cartographes.

    – Mère, il y a un message de mon frère.

    Le lièvre fut libéré de son harnais et nourrit. Le petit parchemin contenu dans sa partie dorsale fut déroulé.

    « À ma famille,

    Cela fait un jour que j’ai dépassé la chênaie de l’aube et prit la direction du territoire des loups. Demain soir, j’atteindrai la nouvelle limite explorée. Quand vous aurez ce message, je ne tarderai pas à faire demi-tour. Ici, la chasse est plus difficile. La forêt se densifie, les baies sont plus petites. Je tâcherai d’emmener plus de provisions pour la prochaine expédition. Peut-être pourrai-je également emmener notre cadette pour sa première sortie ? À très vite et en pleine forme, votre fils dévoué. »

    Le jeune elfe rangea son matériel d’écriture et recompta ses provisions en laissant filer le lièvre vers son foyer. En ce tout début de matinée, les loups dormaient et ne risquaient pas d’intercepter son message. Il replaça son baluchon sur son épaule, ajusta son arc dans son dos et quitta la souche creuse couverte de mousse qui fut son refuge d’une nuit. La frontière du territoire des loups se dressait devant lui : une barre rocheuse verticale aux stries régulières. Sur la carte de son grand-père, elle figurait sous forme de hachures noires inclinées. Au-delà, le parchemin demeurait vierge. L’ascension fut aisée grâce aux nombreuses failles verticales et horizontales quadrillant la roche calcaire.

    Au sommet, un plateau d’hêtres et de bouleaux s’offrait aux yeux avisés du cartographe. Il s’y aventura avec entrain et enthousiasme, avide de définir le nom de cette nouvelle région. L’air rafraîchissait, sous le dense maillage de branches généreusement fournies en feuillage. La lumière filtrée dévoilait une terre sombre où serpentaient les racines les plus superficielles des arbres. à l’odeur humide et végétale s’ajoutait la fragrance pleine de rondeurs des champignons. La mélodie de la forêt complétait le tableau : bruissements de feuilles, craquements de bois sec et ruissellements sous les roches. Dans cette partie de la forêt, le temps semblait s’écouler avec plus de viscosité. L’elfe sillonnait l’orée méthodiquement, mémorisant les reliefs et les distances. Chaque heure passée l’emmenait plus profondément. Seule la faim lui rappela le temps écoulé. Il s’arrêta devant une grande arche naturelle formée de pierre et de diverses plantes. La voûte lisse était surplombée par des fougères et autres lierres tombants. Elle s’ouvrait face à lui telle une bouche béante réhaussée d’une moustache verte. Croquant et mastiquant un morceau de viande séchée l’elfe y pénétra sans prendre le temps de finir sa collation. Une clairière s’ouvrit sur le portail rocheux. Une vasque circulaire creusée au centre témoignait d’un ancien lac, présence d’autrefois d’une réserve d’eau douce, envahie aujourd’hui par un généreux tapis herbeux, moelleux sous le pied et doux sous les doigts. Les yeux du cartographe arpentaient ce havre de paix. Une roche atypique attira son regard. De la hauteur d’un homme, d’une forme lisse ovoïde, d’une teinte grise bleutée uniforme. Il y apposa les mains.

    La surface n’était pas froide malgré l’absence de soleil. Il approcha son visage. Aucune odeur n’émanait de la paroi. Il y déposa son oreille pointue. Boum boum. Croyant à une hallucination, l’elfe demeura ainsi. Boum boum. Le battement persista. Emerveillé par sa découverte, le cartographe s’empressa de compléter ses documents, faisant fi du danger de l’endroit. Au-delà des hachures, il inscrivit les lettres : « antre draconique ».

    La légende raconte que le cœur de la forêt millénaire demeurait inexploré. Elle raconte que cette forêt recelait de nombreux secrets. Elle raconte qu’elle était le sanctuaire de nombreuses espèces oubliées.

      Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette légende représente des grandes forêts dans un royaume (3 terrains de type forêt adjacents).

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende de l’élixir de jouvence

    La légende raconte que la beauté elfique réside dans un élixir dont la recette se transmettait de génération en génération. Sa production relevait du miracle : deux fleurs rares composaient les principaux ingrédients de cette recette millénaire. Elles ne fleurissaient qu’une journée. L’une poussait sur l’écorce d’un érable de la forêt du nord. L’autre s’épanouissait au sein de l’humide mousse des bois du sud. Avec un bon destrier, il ne fallait pas moins d’une semaine pour rallier ces deux endroits. Le peuple des bois avait donc réalisé ce tour de force, rassembler les deux fleurs, grâce à l’ancienne technologie des portails magiques ; permettant le voyage instantané d’un endroit vers un autre même distants de centaines de lieux.

    L’elfe referma le livre alchimique, duquel émana un nuage de poussière. À deux jours de son mariage, la demoiselle aux oreilles pointues semblait prête à tout pour resplendir aux yeux de son futur époux. Glissant le vieux grimoire dans sa besace en lin tissé, elle fit le tour de tous les anciens du village en quête de pistes pouvant la mener jusqu’au fameux portail des bois du sud.

    Quelque part plus au nord, un elfe, cadet de sa fratrie, cherchait le plus beau cadeau d’anniversaire pour les cent ans de sa mère. Lorsqu’il entendit parler de l’élixir de jouvence, un soir au coin du feu, cela ne faisait aucun doute : il tenait là l’idée du siècle. Il prit donc la direction des ruines prétendues renfermer une arche magique, en quête des fleurs éphémères.

    Elle marcha une journée pour atteindre les ruines mentionnées par les anciens. Il monta un hamac pour la nuit. Elle se coucha tôt, bercée par le balancement du hamac et les lueurs incandescentes du ciel nocturne. Mais il eût du mal à trouver le sommeil, maintenu éveillé par l’excitation de ses futures découvertes. Elle se leva avec le chant des passereaux et démonta sa couchette en attendant d’y voir plus clair pour démarrer l’exploration. Il arpenta les ruines, dédale de demi-mur et de puits, détaillant chaque arche en pierres croisées à l’affût de la moindre trace de runes magiques. Elle mémorisait soigneusement chaque intersection pour ne pas se perdre ni perdre du temps à revisiter les culs-de-sac déjà explorés. Il s’arrêta au pied d’une fine voûte de la taille d’un homme. Mais après traduction des runes figurant dessus, elle délaissa cette simple arche décorative qui servait à souhaiter la bienvenue aux visiteurs. Il fit demi-tour, se sentant alourdi par la lassitude. Elle marchait avec nonchalance lorsque le sol, ou plutôt un tas de branchage et de feuilles mortes craquèrent sous son poids. Il tomba dans un puits dissimulé, sain et sauf grâce à un tapis végétal. En se relevant, elle découvrit une arche en fer aux contours lisses, plus haute qu’un homme, surplombée d’une grosse gemme rouge. Il n’y avait pas de doute, il était convaincu par cette trouvaille. Le portail magique se dressait là, devant elle, inerte et froid. Le manuscrit ne mentionnait pas la forme ou la nature de l’arche, mais uniquement la manière de lire ses runes afin que l’incantation révèle et réveille sa magie.

    Il s’éclaircit la voix et prononça la formule haut et fort. Elle répéta encore une fois, constatant l’absence d’effet. Il vérifia l’incantation et recommença. Elle laissa l’écho de sa voix disparaître en saccades, observant pensivement l’arche. Il se résigna à une dernière tentative. Les derniers mots résonnèrent de chaque côté de l’arche. Ressentant une présence, elle se décala face à l’arche, constatant sa surface auparavant vide se remplir d’un liquide miroitant libre de toute pesanteur. Dans ce liquide, il observa son reflet qui pourtant ne lui semblait pas parfait. Les ondulations de l’interface magique devaient être la cause de cette déformation. En s’approchant d’avantage, elle observa la silhouette lui faisant face : chevelure dorée, oreilles effilées, légèrement plus grande et plus large qu’elle.

    Portail Magique : Permet de faire communiquer les cartes adjacentes au portail.

    Il supposa un effet loupe dégrossissant due à la nature aqueuse du mana et vérifia en plongeant sa main dedans. Elle recula brusquement en poussant un cri court et strident, comme poussée par cette main surgie du portail. Il hésita puis plongea la tête entière pour découvrir d’où provenait ce cri. Elle réalisa alors que sa réussite ne résidait que dans une improbable synchronisation avec son congénère. Il acheva de changer de lieu et lui proposa un marché : rendez-vous à la même heure du jour le lendemain, les bras chargés de la précieuse fleur d’érable pour l’un, de mousse pour l’autre. Elle accepta sans hésitation et s’engagea également à faire chaudron commun pour concocter le précieux nectar et partager leur réussite à deux.


    La légende raconte que la beauté elfique réside dans un élixir dont la recette se transmettait de génération en génération. Plus que la beauté, cette mixture promettait également une alliance pérenne entre deux factions éloignées. Elfes du nord et du sud étendirent leurs échanges sur bien des domaines : savoir-faire, matériels, apprentis, culture, jeunes amoureux et anciens compagnons de guerre.

      Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette Légende représente une alliance entre deux peuples Elfe.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende des plaines de l’Ouest

    La légende raconte que les grandes plaines de l’ouest sauvèrent l’héritier du trône. Des marécages en bordaient les flancs orientaux. Le sol tremblait. Le paysage vallonné se tintait des teintes dorées des céréales d’été. Le sol tremblait. Un talus de terre marquait la frontière entre les plaines et les marais. Le sol tremblait. D’un bond athlétique, un étalon franchit la butte, poursuivi de silhouettes canines tout aussi agiles. Le cavalier éperonnait avec énergie les côtes de sa monture.

    À ses talons, cinq gobelins juchés sur des loups agitaient des frondes. Le sol terreux plus stable permettait au cheval de distancer les poursuivants, contrairement à la surface boueuse de l’habitat de prédilection des gobelins. L’homme ne se retournait pas, déterminé à échapper à l’embuscade qui avait eu raison de sa troupe.

    Une pierre rata son épaule gauche. Un grognement d’indignation résonna et d’autres pierres suivirent. Un sifflement à sa gauche l’incita à se coucher sur l’encolure de sa monture. Il ne put esquiver la suivante. Le fragment de roche arrondi percuta sa tempe droite, emplissant son crâne de sifflements et brouillant sa vue. Il se cramponna au pommeau de sa selle, les yeux clos, ignorant le sang sur sa joue qui imprégnait aussi son col. Il tentait de recouvrer ses esprits. L’étalon galopait à vive allure. Les crocs des loups affamés claquaient non loin de sa croupe. 

    Un grondement plus grave redonna espoir au chevalier. Les loups se dispersèrent lorsque la foudre frappa le sol. L’étalon, lui, garda son cap, rassuré par la caresse bienveillante de son maître. À contre cœur, celui-ci abandonna ses pièces d’équipement métallique et dirigea sa monture droit vers les denses nuages noirs. Par des cris stridents, les gobelins tentaient de réorienter leurs bêtes apeurées. 

    Le vent tomba, une lourde averse trempa le sol et étouffa les bruits de la course poursuite. Découragés et dispersés, les gobelins cessèrent la traque. Le cavalier continua seul, dans un galop moins soutenu, cachant son visage avec sa capuche afin de La silhouette d’un manoir se dessina à l’horizon, isolé au milieu de la plaine. Un abri parfait pour passer la nuit et panser sa plaie. Le lierre sur la façade et les fenêtres sombres et opaques attestaient de l’abandon des lieux. La porte d’entrée ornée d’un frappoir suspendu à une gueule de loup fut difficile à ouvrir. Les gonds grincèrent avant de céder. Le blessé entra ainsi qu’un filet de lumière, mettant en évidence la poussière en suspension. Un plancher massif en bois sombre et des tableaux aux murs témoignaient de la richesse des anciens propriétaires. La famille de noble semblait l’épier depuis la peinture ternie accrochée dans l’entrée. La fenêtre du salon offrait suffisamment de lumière pour éviter d’avoir à allumer un feu. Une grande banquette garnie de coussins en plumes ferait parfaitement l’affaire pour prendre du repos. Un miroir fendu trônait au bout de la grande tablée. Le prince profita de ce moment calme pour nettoyer sa plaie entre l’arcade sourcilière et la tempe. De vieux chiffons déchirés lui servirent de bandage de fortune. La nuit approchant lui laissa tout de même le temps de faire le tour du propriétaire avant l’obscurité. Le rez-de-chaussée disposait d’une entrée suivie d’un long couloir desservant la pièce à vivre et la cuisine ainsi qu’un garde-manger. L’étage accueillait les chambres pour toute la famille mais aucun souvenir récent n’évoquait la cause de leur départ. Le grenier fut plus révélateur. Des étagères couvertes de bocaux et des bibliothèques fournies en encyclopédies dévoilèrent l’existence d’un magicien. L’un des parents devait probablement y venir concocter quelques remèdes et étudier les vieilles formules. La visite s’acheva par la cave. Un accès y était permis depuis une petite porte en bois dans la cuisine. Fermée à clef, un coup d’épaule eut raison des planches fragilisées par les termites. Armé d’une torche, le curieux s’élança au bas des marches. Aucune fenêtre n’éclairait la pièce. L’air était humide et frais. Le réfugié découvrait pas à pas des étagères soutenant de lourds sacs en toile plein de grains. Un mur nu en pierre se dressa devant lui. Le fond de la pièce. Aucune arme, aucune vivre à part le grain tout sec. L’homme tourna le dos au mur et s’adossa lourdement en soupirant. Le retour à la capitale semblait compromis. Un clic survint de derrière son dos et la paroi sembla s’affaisser. 

    Un courant d’air puissant éteignit sa torche mais une lueur bleutée lui montra la voie. Une nouvelle pièce s’offrait à lui. Un plateau en bois sur un pied métallique se tenait au centre de la pièce, pour seul meuble. La lueur émanait d’un orbe sphérique, lisse et miroitante. Le regard du prince se perdit dans les méandres à l’intérieur du globe en verre. Il s’approcha suffisamment pour le toucher. Des images et de sons emplirent soudainement sa tête, comme projetés dans son espace intérieur, grondantes et envahissantes.

    Palentir : Permet de regarder la nature d'une tuile encore inexplorée

    La légende raconte que les grandes plaines de l’ouest sauvèrent l’héritier du trône. Elle raconte aussi qu’elles protégèrent le royaume des hommes, grâces à un trésor oublié.

     Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette légende représente des grandes plaines dans un royaume (3 terrains de type plaine adjacents).

  • Légende Elfe gobelin
    Légendes d'Aetherya

    La Légende des deux héritiers

    La légende raconte que la guerre opposant elfes et gobelins dura cinq ans. Le peuple des bois passa à l’offensive pour des raisons territoriales. Depuis l’installation de la tribu, l’orée de la forêt n’avait fait que dépérir et reculer, cédant place à un sol infertile, humide et boueux. Les batailles se succédaient mais malgré le courage des elfes les gobelins ne cessaient de progresser plus loin dans la forêt.

    La cabane de la pisteuse se trouvait à l’écart du village. Posée à même le sol, adossée à un chêne centenaire, la petite maison était aussi modeste et simple que son habitante. Celle-ci resserrait le laçage de ses bottes montantes, accroupie devant sa porte. Un conseiller du roi se planta solennellement devant elle.

    – Le roi vous demande pour une audience privée.

    Récupérant son arc et son carquois, la pisteuse se hâta de le suivre. Le trône en bois sculpté tout en arabesques se trouvait au fond de la grande salle du palais, lui-même flottant et soutenu par plusieurs dizaines d’ifs aussi majestueux que vieux. Le toit en saule tressé offrait une douce luminosité.

    – Approche, ordonna la voix claire et autoritaire du roi elfe.

    La pisteuse s’agenouilla à deux pas du trône.

    – En tant que meilleure pisteuse du village et amie d’enfance du prince, tu es la mieux placée pour cette mission. Le roi se racla la gorge et continua d’un air plus grave : le prince a disparu depuis hier soir. Je pense qu’il est parti en territoire ennemi pour sa quête secrète, malgré mes mises en garde. Retrouve-le, s’il n’est pas encore trop tard.

    L’elfe quitta aussitôt le village en direction du front ouest. Son devoir s’avérait ardu car ses congénères ne laissaient que peu de traces de leur passage. Mais une seule nuit la séparait du prince, l’espoir subsistait. À l’écart des chemins empruntés par l’armée, elle put déceler une piste : les traces d’une personne seule. La taille des empreintes, leur profondeur et leur distance correspondaient à un elfe de gabarit proche de celui du disparu. Leurs tracés le guidaient non pas vers le front mais à l’écart, plus dans les terres. Malgré midi, il faisait sombre. L’air était chargé de cendres et sentait la fumée. Les bruits de bataille résonnaient au loin, tels de macabres échos. Elle atteint la limite de la forêt plus tôt que dans ses souvenirs. Les traces quittaient la mousse pour se perdre dans un marais peu profond. La pisteuse tenta de contenir sa tristesse et sa colère face aux feux et aux haches qui avaient décimé cette partie de la forêt. L’humidité du sol marécageux rendait la traque plus difficile. Les pas s’enfonçaient plus profondément mais s’emplissaient immédiatement d’eau. L’elfe chercha donc de petits puits peu profonds de la taille d’un pied. En milieu d’après-midi, elle s’inquiéta de sa destination. Des drapeaux et des toiles en peaux dressées se dessinaient à l’horizon, camp arrière de l’armée gobeline. Les pas filaient vers le camp. D’autres plus frais revenaient. Elle suivit cette piste, rassurée de voir les pas de son ami s’éloigner du danger. Une plaine vallonnée s’offrait à elle. Le terrain plus stable lui permit de progresser plus rapidement et de rattraper son retard. Avant la tombée de la nuit, elle arriva à destination. Les empreintes disparaissaient dans l’entrée d’une grotte creusée dans une faille du sol herbeux.

    – Je savais que tu viendrais.

    La voix ricanante provenait de l’obscurité de la grotte. La pisteuse s’avança. Le prince se tenait adossé au mur, bras et jambes croisées.

    – Ta présence ici prouve que mon père doute toujours de mes compétences et mon jugement.

    – Il s’inquiète, c’est tout. Si tu étais tombé aux mains de ces sauvages, la guerre n’aurait servie à rien. Nous aurions perdu la forêt en plus du futur roi.

    Accord diplomatique : Permet de faire cesser tout conflit entre des tribus adjacentes

    – Et bien justement…

    Le prince se redressa et donna un coup de pied au sac en toile posé au sol près de lui. La masse gesticula et grogna. La pisteuse reconnut ce son immédiatement et dégaina sa dague avant d’adopter une posture défensive.

    – Pas touche à ma proie, mademoiselle.

    – Que fais-tu dans cette grotte avec un gobelin ? Tu as perdu la tête ?! D’autres t’ont peut-être suivi.

    – Calme toi, tu es la seule à pouvoir me suivre. Ces nabots n’ont peut-être même pas encore remarqué sa royale absence.

    Il tira sur le lien et ouvrit le sac, dévoilant une petite silhouette verte recroquevillée et entravée par une fine corde solide.

    – Regarde ça : teint clair, absence de cicatrices, vêtements en cuir de première qualité, dormait dans la plus grande tente du campement. Je te présente monsieur le prince gobelin. Une monnaie de choix pour s’acheter la paix, tu ne trouves pas ?


    La légende raconte que la guerre opposant elfes et gobelins dura cinq ans. La reddition du roi gobelin eut lieu au solstice d’été. Un accord diplomatique fut signé : le peuple gobelin dû trouver un nouveau lieu de vie en échange de la vie de leur prince. La forêt porte encore les stigmates de la guerre, mais les bons soins du peuple elfique tentent d’en effacer les traces.

     Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette Légende représente une bataille légendaire entre le peuple Elfe et le peuple Gobelin.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende du marteau divin

    La légende raconte que l’origine du marteau divin repose en l’alliance inattendue d’une humaine et d’un nain. Chaque année, la capitale du royaume des hommes organisait le grand concours de l’artisanat. Devant la bâtisse en colombages, aux voûtes boisées torsadées, une foule s’était attroupée. Il était difficile de se frayer un chemin jusqu’au panneau d’affichage de la chambre des métiers. Une jeune femme se faufila en jouant des coudes et en se contorsionnant. Elle portait un chemisier blanc simple, rehaussé d’un corsage en cuir lacé et un pantalon bicolore en velours. Malgré son apparence soignée, des cernes sous-lignaient ses yeux bleus et ses mains portaient les marques d’usure d’une travailleuse acharnée. Sous le panneau, un panier contenait des jetons ronds en bois portant un numéro unique côté pile et le portrait du maître de la guilde des marchands côté face. Elle plongea la main dedans pour saisir le dernier jeton, élément indispensable pour participer au concours du meilleur artisan de l’année et ainsi asseoir sa notoriété. Une deuxième main saisit le bord opposé du jeton, plus trapue et légèrement velue.

    – Non, celui-ci est à moi, femme humaine !

    Remontant son regard le long du bras de son antagoniste, elle découvrit l’origine nanesque de son adversaire.

    – Je l’ai vu en premier, monsieur le nain.

    Aucun ne lâcha le jeton, tirant et luttant avec acharnement. Presque front à front, ils se fixaient intensément.

    – En tant que meilleur apprenti forgeron, je me dois de participer au concours.

    – Et bien, il en va de même pour ma part. Voyez-vous, je suis la meilleure de ma promotion de joaillier.

    Un claquement de main interrompit la dispute. Sur le seuil se tenait l’initiateur du concours.

    – Vous n’avez qu’à faire équipe. Vous avez trois jours pour proposer une création commune.

    Ils échangèrent un regard entendu et une poignée de main. Le nain accepta le marché, étant donné que ce n’était pas une elfe. L’humaine releva le défi, voulant tirer avantage du talent de forge des nains. Après répartition des tâches, ils se séparèrent. Elle gagna son atelier, s’assit au bureau incliné et dessina toute la journée. Compas et équerres se succédaient sur le parchemin, donnant naissance trait par trait au schéma de leur futur chef d’œuvre. Lui, de son côté, visita chaque marché de la ville, en quête du meilleur minerai ou alliage de la capitale. Il fit le tour des scieries pour dénicher le meilleur combustible afin d’allumer un brasero digne de leur projet. Il fouilla la forge de l’académie toute la nuit, dans le but de dénicher les outils les plus résistants et équilibrés qui puissent exister. Comme convenu, ils se retrouvèrent à l’aube à la taverne, autour d’un plateau de fromage et de charcuterie, pour partager leurs avancées. L’humaine déroula un parchemin sur la massive table en bois, dévoilant un schéma détaillé d’un marteau runique richement décoré.

     Le nain resta silencieux, bouche bée quelques secondes face à tant de précision et de perfection. Puis il sauva son honneur en énumérant ses merveilleuses emplettes de la veille. Tout était prêt pour la fabrication. Ils passèrent la journée suivante à la forge. L’humaine fit les cent pas toute la matinée durant, attendant de pouvoir sculpter la première partie : le manche. Le nain acheva de le forger à midi puis passa au corps de l’arme. Elle, tailla de fines arabesques en couronne autour du manche. Des rubis ovoïdes décorèrent les bords. Lui, termina le corps du marteau en fin d’après-midi, véritable lingot brillant aux contours lisses. De petites facettes hexagonales arrondissaient les extrémités.

    L’arme baigna toute la nuit dans un tonneau d’eau froide avant de passer entre les mains de l’apprentie joaillière pour les finitions. Avec une lame aiguisée, fine et longuement chauffée, elle dessina des runes carrées tout autour du corps du marteau, caractères utilisés dans des temps anciens. Il était fin prêt.

    De nombreux objets furent soumis au concours, déposés sur l’établi dressé devant la chambre des métiers : armes, pièces d’armures, habits et chaussures, bijoux et ceintures. Les juges examinèrent les pièces une par une, soulevant, sous-pesant, retournant, scrutant à la loupe chaque détail. La délibération prit plus d’une heure. Une annonce mit fin à la longue attente des participants. Le crieur se racla la gorge et lut son parchemin :

    – Mesdames et messieurs, les maîtres ont désigné le vainqueur du 18e concours de l’artisanat. Sa création sera soumise aux bénédictions du roi et de la reine ainsi qu’aux prières du temple. Puis il sera vendu aux grandes enchères du printemps. Le vainqueur, ou plutôt les vainqueurs de l’année, sont des apprentis forgeron et joaillier, le jury ne peut que saluer leurs talents. Voici leur création.

    Le petit homme à la grande voix souleva l’objet au-dessus de sa tête, présentant le marteau à la vue de tous.


    La légende raconte que l’origine du marteau divin repose en l’alliance inattendue d’une humaine et d’un nain. Soumis depuis à de nombreux rituels et bénédictions, l’objet aurait, paraît-il, acquis des capacités extraordinaires.

     Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette Légende représente une alliance entre le peuple Humain et le peuple Nain.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende des quatre familles

    La légende raconte qu’il dû gravir seul la pente de la montagne à la recherche de l’entrée de la grotte. Le ciel dégagé aidait son ascension mais le froid mordant de l’air hivernal faisait rougir ses joues et engourdissait ses doigts. Le nain suivait attentivement les instructions topographiques de sa famille. Après le col des trois vallées, il avait longé la crête dentelée, gagné la forêt en longeant le torrent vert et bifurqué vers la cime du nord. Son rythme et sa motivation ne flanchaient pas malgré l’effort, car l’honneur de sa famille et la victoire contre l’envahisseur dépendait de lui.

    – Jeunes représentant des quatre familles, bienvenue, clama la voix autoritaire mais calme du roi nain. Je vous ai réunis aujourd’hui pour vous attribuer à chacun une mission de la plus haute importance.

    Les quatre nains demeuraient agenouillés face à leur roi, les mains croisées reposant sur leurs marteaux dressés au sol, arborant les armoiries bestiales de leur lignée. Le basilic, le griffon, le Léviathan et le golem. Le monarque repris son discours dont l’écho rebondissait sur chaque colonne de pierre soutenant la voûte cathédrale de la longue salle du trône :

    – Comme vous le savez, les gobelins gagnent du terrain, la ligne de front recule. Leur surnombre les avantages. Les stratèges prévoient l’invasion de la capitale dans six jours si nous ne faisons rien. Chacun d’entre vous se verra attribuer une mission secrète. Vous ne pouvez pas échouer. Votre vie, nos vies et celles de votre famille en dépend.

    Les quatre portes latérales de la salle grincèrent en s’ouvrant. La lumière invita chaque nain à gagner celle comportant l’emblème de sa maison. Derrière la porte du griffon, l’aîné de la famille découvrit la silhouette voûté de son grand-père.

    – Viens t’asseoir et écoute attentivement.

    Le jeune s’exécuta et mémorisa les paroles et les conseils de son ancien. Une carte lui fut remise, ainsi qu’un lourd sac de provisions, un sifflet et un tonnelet d’huile.

    – Maintenant pars, trouve la grotte du griffon, combat le pour qu’il t’obéisse et brûle les réserves du camp ennemi. Toute la famille compte sur toi. Le roi lui-même t’implore de réussir. 

    Elle était là, au creux d’un replat, l’entrée béante de la grotte creusée dans la roche, l’antre du griffon. Le nain resserra sa prise sur le manche de son marteau. Il réveilla son courage d’une grande inspiration, supportant la brûlure de l’air dans ses poumons et pénétra dans l’ouverture sous la montagne. Des bruits lugubres parvinrent à ses oreilles, tandis que ses yeux tentaient de s’habituer à l’obscurité. Des os craquèrent. Le bec claqua. La chair se déchira. Il distingua bientôt la silhouette féline surplombée d’imposantes ailes repliées au plumage bicolore.

    Occupé à son repas, le griffon ignora sa présence. Le nain empoigna son marteau d’une main et tira sur son collier de l’autre. Un sifflet forgé en acier pendait à la chaîne autour de son cou. Il le porta à ses lèvres et souffla vivement. Un cri perçant résonna dans la grotte. La bête se redressa instantanément et répondît d’un sifflement plus perçant encore. Mais en découvrant la silhouette nanique, son hostilité reprit le dessus. Les deux ailes s’ouvrirent, il bomba le poitrail et se dressa sur ses deux pattes arrière de fauve, présentant deux serres aiguisées aux yeux de sa future victime. La patte avant gauche fendit l’air. Le nain bondit de côté, frappant la serre avec son marteau pour en dévier le coup. Il siffla à nouveau. La chimère recula en secouant la tête avant d’attaquer à nouveau. Le bec pointu désarma le bipède d’un estoc précis. Le nain fut violemment projeté contre la paroi rocheuse de l’antre. Malgré la douleur dans ses côtes, il continuait de siffler, constatant l’ardeur du griffon diminuer. La respiration du fauve à tête de rapace se calma. Son corps musclé se détendit et ses pattes fléchirent. L’animal se coucha, le buste toujours droit, n’abandonnant pas sa fierté dans la soumission. Le nain resta longuement silencieux, le sifflet toujours serré au creux de ses lèvres. Sa douleur fut éclipsée par l’émerveillement face à cette majestueuse créature. La bête l’observait calmement, le jaugeait. Il contourna l’imposant bec et s’approcha du flanc couvert de fourrure. Il tenta de calmer les tremblements de sa main et la déposa fermement mais doucement sous l’omoplate velue. L’absence de réaction le conforta dans son élan et il se hissa sur son dos. À peine eut il le temps de passer ses jambes de chaque côté de la croupe que le griffon se leva et déploya ses ailes. Les mains du nain enserrèrent rapidement deux épaisses touffes de poils dans le dos de l’animal et il se blottit fermement. Sans crier gare, la chimère s’envola en un violent tourbillon d’air et fila hors de la grotte, guidé par les pensées de son cavalier d’un jour.

     

    La légende raconte qu’il dû gravir seul la pente de la montagne à la recherche de l’entrée de la grotte. Qu’il dû apprivoiser seul le griffon et gagner le camp ennemi afin de renverser le cours de la guerre. Les quatre familles s’illustrèrent contre les gobelins, à l’issue de laquelle le roi s’engagea à faire de l’un d’eux son successeur.

     Aslaug – Contes & légendes

    * L’illustration de cette Légende représente une bataille Légendaire entre le peuple Nain et le peuple Gobelin.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende des marais sanglants

    La légende raconte que le roseau carmin, endémique de la région lacustre, donna son nom aux marais sanglants. Leurs longues tiges vertes surplombées de pompons rouges bordaient chaque vasque et canaux qui creusaient les méandres labyrinthiques des marécages. Friandes du climat et du sol de glaise, leurs tiges plongeaient dans l’eau trouble et prenaient racines dans la boue. La vaste étendue des marais offrait une étonnante mosaïque alternant tâches miroitantes et tâches rougeâtres. Rares étaient les visiteurs, car même les gobelins y perdaient leur chemin. L’excursion se tint tout de même de nuit, pour éviter à la poignée de volontaire de faire de mauvaises rencontres. Les torches et la lune brillaient comme des yeux de félins au creux des puits d’eau. Les trois hommes, le jeune, le sage et le muletier avançaient précautionneusement. La mule supportait sur ses flancs deux paniers d’osier profonds. Une quête vitale les avait poussés à braver les lieux, dangereuse intrusion en territoire ennemi.

    La veille, à la porte de l’herboristerie, une foule agitée aux visages protégés d’un bout de tissu en lin avait eu raison de stocks de pollen carmin. L’alchimiste les chassa par de grands mouvements de bras.

    – Il n’y a plus de médicament. Revenez au prochain réapprovisionnement ou allez les cueillir vous même ! Je ferme boutique.

    – Mais monsieur, insista le jeune, ma mère a de la fièvre depuis maintenant trois jours.

    – Et mon fils, rétorqua le muletier, il saigne par tous les orifices.

    – N’y a-t-il aucun autre remède à cette maladie, cette malédiction ? Questionna le sage.

    – Non messieurs, seule la poudre rouge peut éteindre le feu dans le sang. Je vous conseille les marais sanglants pour la cueillette. Bonne chance !

    L’herboriste disparut et la porte claqua. Les trois hommes restèrent silencieux en échangeant des regards inquiets mais animés par la détermination. 

    La femme du sage tira énergiquement sur sa manche.

    – Tu ne comptes pas y aller ?

    – C’est trop dangereux ! Ces marais sont maudits. Personne n’en revient indemne.

    – Imagine si c’était toi. Ne mangeant plus, ne dormant plus, à l’agonie au fond de ton lit. Tu connais cette plante. Tu dois y aller.

    Le sage se tourna vers le muletier.

    Monsieur, votre présence m’aiderait grandement. Une cargaison complète de votre mule suffirait à sauver la ville.

    – Je viens aussi, intervint le jeune. Je me charge des gobelins !

    Le trinôme de volontaires décida de prendre la route à l’aube et gagner les marais à la tombée de la nuit.

    Après une heure de marche et plusieurs désembourbages de la mule, les roseaux carmin tant attendus s’offrirent à eux. Équipés de couteaux, ils entreprirent de récolter l’extrémité de la tige, cylindre plus épais couvert de la fameuse poudre curative. Les paniers se remplissaient. Le calme régnait. Seul le bruissement des tiges trahissait leur présence. Le filon épuisé, tout trois avancèrent jusqu’à la prochaine vasque. Celle-ci était bien ronde, aux bords réguliers. Trop réguliers. Des pierres sculptées de taille similaire démarquaient les limites de l’étendue aqueuse. Une rune apparaissait sur la surface lisse de chaque dalle. L’arrondi parfait et les inscriptions runiques ne laissaient aucuns doutes. Le plus âgé des hommes se pencha et approcha sa torche.

    Portail Magique : Permet de faire communiquer les cartes adjacentes au portail.

    Il est écrit : âmes courageuses, franchissez la voûte ; vers ma jumelle vous serez transportés.

    La légende raconte que le roseau carmin, endémique de la région lacustre, donna son nom aux marais sanglants. Elle raconte qu’un portail y reposant fut un jour la clef de la victoire des hommes contre les gobelins.

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    * L’illustration de cette Légende représente une bataille Légendaire entre le peuple Humain et le peuple Gobelin.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende des gemmes volées

    La légende raconte que le cœur de la montagne abritait d’incroyables gemmes. Mais aucun nain n’avait creusé assez loin pour mettre la main dessus. Et bon nombre tentèrent l’aventure mais revinrent bredouille ou chargés de trésors plus modestes. La porte en pin claqua, arrachant un cri au souverain des mines.

    – Mon Roi ! C’est terrible, la clef… la clef dorée a disparu, hurlait le maître des clefs, à peine compréhensible.

    Le nain en pyjama était essoufflé, transpirant et le blanc de ses yeux écarquillés rivalisait avec la lividité de sa peau. Il en oubliait même le respect dû à son chef, la bienséance ayant cédé à la panique. L’intrusion nocturne dans la chambre du roi était sans précédent, autant que la situation frisait la catastrophe pour les finances du royaume. L’ex-endormi se souleva péniblement de sa couche et enfila une peau d’ours. Il ordonna un comptage immédiat du trésor. Car la clef dorée n’ouvrait pas n’importe quelle porte parmi les innombrables pièces ponctuant les galeries sinueuses de son royaume. Subtilisée pendant la nuit, cette clef ouvrait la porte en acier épaisse et renforcée de la salle aux trésors.

    Le Voleur : C'est un personnage qui permet d'aller voler une tuile objet chez un autre joueur

    L’inventaire se tint donc de nuit, difficilement, à la lumière des torches. Chaque écu d’or brillant de mille feux fut compté, empilé et rangé. Chaque gemme taillée aux couleurs flamboyantes fut pesée et replacée. Tout semblait étrangement en ordre. Seules quelques pierres précieuses et uniques attirèrent l’attention des nains. Il s’agissait des pierres de puissance, terriblement convoitées de tous et réunies au prix de lourds sacrifices, de longues guerres et de profondes explorations. Elles n’avaient en réalité pas disparu. Mais leur examen révéla qu’il s’agissait de pâles copies : une taille irrégulière, une surface rugueuse moins réfléchissante et surtout un poids amoindri. Sans la disparition de la clef dorée, ce furtif échange serait peut-être passé inaperçu.

    Deux équipes furent formées : la première quitta la mine immédiatement pour tenter de rattraper le voleur, la deuxième regroupait les meilleurs mineurs. Un plan massif allait être lancé pour recouvrer leur puissance dérobée. De nouvelles galeries seraient creusées, en quête des trésors de la montagne.

    L’équipe de mineurs remonta la grande galerie et emprunta le puits, infini escalier en colimaçon taillé dans la roche descendant vers les profondeurs. L’air devenait sec et plus lourd au fur et à mesure qu’ils progressaient. Les galeries se resserraient en boyaux sinueux et bas de plafond. Ils ne purent bientôt que se suivre en rang d’oignons, forcés par l’étroitesse de l’ultime galerie. Le premier ouvrait la voie, brandissant une torche. Le deuxième poussait un chariot débordant de pioches. Le troisième serrait très précautionneusement contre son sternum une caisse en bois illustré d’un pictogramme rouge inquiétant. Le dernier fermait la marche, un peu en retrait, afin de maintenir une distance certaine entre sa torche et son prédécesseur. Le bout du tunnel s’élargit en une salle ovale plus respirante. Le chemin s’arrêtait là. Aucun mineur n’avait creusé plus loin ou plus profond que ce point-là. Ils prirent leur casse-croûte, à base de pain et de fromage, avant de commencer à creuser. Les pioches piquaient la roche, des blocs tombaient, le chariot allait et venait. Les quatre travailleurs avançaient sans relâche. Après deux jours à creuser à la sueur de leur front et à la force de leur bras, ils rencontrèrent une roche trop résistante pour leurs outils conventionnels. La dynamite fut de mise. Le troisième nain prépara l’explosif en plaçant plusieurs foyers le long de la paroi puis en déroulant méthodiquement la ficelle détonante de manière à pouvoir faire feu depuis la salle ovale. Une fois la mèche allumée, ils regardèrent tous les étincelles s’éloigner en silence, retenant leur souffle en attendant la détonation.

    De retour au fond de la nouvelle galerie, une montagne de gravas et un nuage de poussière bouchait la vue. Le chariot fut de nouveau réquisitionné, rempli de morceau de roche, acheminé et vidé dans la salle ovale. En dégageant les débris, un nain perçu la fin du labeur. Un mince filait d’air glissait entre les pierres, annonçant une ouverture prochaine. Quelques heures de travail supplémentaires permirent de sortir le reste de rochers. La cloison plus solide détruite par la dynamite, à leur grande surprise, leur offrit des horizons bien plus vastes. Là, devant eux, une petite galerie s’ouvrait, s’enfonçant dans l’obscurité, ils n’en voyaient pas le bout. Elle était aussi large que haute, aux contours réguliers, il s’agissait d’un travail de nain, cela ne faisait aucun doute. Cette découverte les laissa sans voix. Seul le courant d’air sifflant dans la galerie brisait le silence. Après discussion, deux nains firent demi-tour afin d’informer le monarque de leur avancée et découverte. Les deux autres partirent explorer cette nouvelle voie. Quelques centaines de mètres plus tard, une lumière flamboyante renforça leur torche, droite devant eux. Une silhouette apparut à la sortie d’un virage. Deux yeux brillants ébahis, une barbe ondulée se perdant dans un pourpoint noirci, une poigne de fer brandissant une lampe à huile, habillée d’une chevalière différente de la leur.

    La légende raconte que le cœur de la montagne abritait d’incroyables gemmes. Mais en partant à leur recherche, certains trouvèrent un trésor fait de chair et d’os. Le cœur de la montagne fut le théâtre d’une rencontre inattendue, signant une nouvelle alliance pour le peuple nain, convaincus qu’elle était destinée.

     AslaugContes & légendes

    * L’illustration de cette Légende représente un Royaume de Nains (la présence de deux tribus naines côte à côte)