Légendes d'Aetherya

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende de la concubine et du garde du corps

    La légende raconte que le village à l’extrême est de l’empire était le grenier des hommes. Bon nombre de lignées d’agriculteurs et d’éleveurs se succédaient sur ces plaines fertiles. À l’écart de la capitale, le bourg traversait les âges dans la tradition du travail de la terre. Hommes et femmes s’acharnaient toute la journée dans les champs, labeur toujours récompensé par les fêtes saisonnières et autres festivals des vendanges. La famille du bout du hameau comptait quatre membres. Le père, lui-même fils de céréalier, cultivait du blé avec l’aide de sa femme, son fils aîné et sa fille.

     Ce matin-là, il fut le premier dans les champs. Démarrant la récolte à grande brassée de faux, il n’aperçut pas un seul de ses voisins sur les parcelles attenantes. Après avoir formé un premier ballot, il comprit la raison de l’absence des autres travailleurs. Les épis se délitaient entre ses doigts, les grains de blé s’écrasaient à la moindre pression, suintant d’un liquide brun. Au même moment, il réalisa que ses bottes s’embourbaient dans le sol trop humide pour ses céréales. Le phénomène ne lui était pas étranger. L’année passée, la fin de la récolte fut perdue de la même manière. Sans pluie ni inondation, le sol s’était mystérieusement gorgé d’eau et l’excès d’humidité avait fait moisir les grains sur pieds. Mais cette fois, la récolte démarrait tout juste. La totalité de son travail semblait compromis. S’il ne pouvait sauver un minimum de grain, les futures récoltes aussi s’évaporeraient comme un rêve au réveil. Il abandonna ses outils sur place et quitta son champ en toute hâte, manquant de glisser sur ce terrain boueux.

    Sur la place du village, bordée par la taverne et la maison du maire, les autres agriculteurs se pressaient déjà. Les voix s’élevaient en revendications pleine de colère, cachant à peine leur inquiétude grandissante. Le constat fut rude. Toutes les parcelles cultivables souffraient du même mal. Seuls quelques gens avaient pu récolter des grains encore verts, préservant la future semence. Le conseil des anciens fut réuni de toute urgence pour un sommet de crise. La foule s’impatientait devant la petite bicoque en bois du maire. Après une heure de délibération, il apparut sur le seuil, les bras levés vers le ciel pour réclamer le calme nécessaire à son allocution.

    – Les anciens ont parlés. Aucune solution n’a été écartée, mais une option demeure la seule pour sauver le village. Nous savons tout l’amour que vous portez à vos terres, vos maisons, héritages de vos parents. Mais il est temps de les laisser reposer en paix. La terre a parlé. Nous ne sommes plus les bienvenus. L’émissaire part quérir l’aide de notre souverain dans l’espoir de se voir attribuer d’autres terres plus fertiles. Les dix jours qui lui seront nécessaires pour parvenir au château doivent vous servir à récupérer chaque grain qui peut être sauvé et à préparer vos affaires. Chers amis, ce n’est pas une défaite, c’est un renouveau.

    En quête des bonnes grâces du souverain, le père de famille envoya ses deux enfants accompagner l’émissaire, estimant son aîné comme le plus vaillant du village et sa cadette comme la plus belle. Il regagna son champ en couple, tentant de sauver les épis qui pouvaient encore l’être.

    Dix jours après, tous guettèrent le retour de l’émissaire. Le village n’était plus que l’ombre de lui-même. Les commerces n’ouvraient plus. La taverne fut réquisitionnée pour stocker les sacs de grains. Aucun feu de joie ne brûlait le soir. Mais des flammes brûlaient parfois dans la journée, au sommet de hautes piles de ballot, au milieu des champs. Le cavalier revint seul, il était midi. Cette fois-ci, tous attendirent en silence sur la place. L’anxiété se lisait sur les visages fatigués. Cette fois-ci, à sa sortie, le maire n’eut nul besoin de réclamer l’attention des villageois. Les yeux cernés le fixaient avidement.

    – Bonne nouvelle, le roi accepte de nous accueillir sur les terres du château. À quelques conditions seulement…

    Le soulagement fut bref. Des chuchotements perturbaient le silence. Le village n’avait rien à offrir qu’un souverain ne dispose déjà. Chacun craignait que le prix demandé soit au-dessus de leurs moyens.

    – Un quart des productions seront réquisitionnées par le château. Céréales et bétail. Le reste des productions pourront être vendues au marché du château. Mais une taxe de dix pourcents sera appliquée aux bénéfices.

    Un murmure de désapprobation s’éleva de la masse. Mais la gravité de la situation impliquait des sacrifices à sa hauteur. La foule se calma d’elle même après quelques minutes.

    – Une dernière chose… Agréablement surpris par le potentiel de nos jeunes, le roi souhaite faire de sa concubine et son garde du corps nos deux voisins qui accompagnaient l’émissaire. Cela explique leur absence. Ils sont actuellement invités au château en attente d’accord.

    Cette fois-ci, tous les regards se tournèrent vers le père de famille du bout du village. Céder son fils et sa fille revenait à se priver d’une précieuse main d’œuvre. Chacun le savait. Avant qu’il ne puisse protester, ses voisins vinrent spontanément proposer leur aide. Le fils de l’un viendrait lui prêter main forte chaque lundi de la semaine. Un autre s’engagea pour le mardi et ainsi de suite. Alors que l’espoir de tout le village reposait sur lui, il ne put refuser l’offre du roi.

    La légende raconte que le village à l’extrême est de l’empire était le grenier des hommes. On raconte aussi qu’il fut le village natal de la concubine et du garde du corps du roi des hommes, célèbre pour avoir rallié des régions longtemps divisées par des querelles de territoire.

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    * L’illustration de cette Légende représente un Royaume d’Humains (la présence de deux tribus humaines côte à côte)

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende de la troisième aube

    La légende raconte que le combat dura trois jours et deux nuits. Les griffes et les flammes avaient lutté avec acharnement contre les filets et les flèches. L’un protégeait son territoire, les autres assouvissaient leur soif de conquête. Bien que techniquement et mentalement préparés, les hommes se trouvèrent en forte difficulté face à un dragon leur opposant toute sa force et sa rage.

    La première journée, le bataillon d’archers débusqua l’immense reptile. La bête dormait dans le sillon laissé par une ancienne rivière, au creux de gorges calcaires. Son souffle était lent et régulier. Ses écailles sombres dansaient au rythme de sa respiration, seul signe de vie au sein de son immense carcasse froide. Prévenus rapidement, les hommes du deuxième bataillon gagnèrent les gorges, armés de piques et de filets. La première journée ne fut que succession de filets lancés, déchirés, remplacés et de piques brandies, brisées encore et encore. Tirée de son sommeil, la bête féroce se débattit de toutes ses forces bien que cernée de silhouettes en armures armées jusqu’aux dents. Aucune pointe ni flèche n’eut raison de ses épaisses écailles alignées aussi ingénieusement qu’une côte de mailles. Ils ne réussirent qu’à le fatiguer au prix de lourds sacrifices matériels et humains.

    Au camp de base, la première journée touchait à sa fin dans une agitation inhabituelle. Les blessés se rassemblèrent sous le chapiteau médical. Le commandant des armées convoqua le bataillon d’élite. L’unité ne comptait que quelques membres aux talents divers. Leur périlleuse mission consistait à survivre une nuit face au dragon et ainsi contenir sa fureur hors de portée du camp. Les quatre membres vêtus d’une armure légère en cuir noir ponctuée de lacets et de clous prirent la route accompagnés des dernières lueurs du jour. Dans le vallon, des bruits de combats perduraient, des flammes éclairaient ponctuellement les falaises claires.

    Le bataillon amoindri et fatigué laissa volontiers la place aux quatre guerriers. Un marathon débuta. Chacun se positionna tout près d’une patte du dragon. Usé par sa journée de lutte, celui-ci tentait de les maintenir à distance par des coups de griffes réguliers. Les hommes reculaient, esquivaient puis se repositionnaient. Un filet entravait l’une des ailes du reptile, le privant de toute tentative de fuite par les airs. D’un grand mouvement de queue, il faucha les deux combattants sur ses arrières. Puis reculant son immense crâne hérissé de pics, il prit une longue inspiration qui semblait aviver des braises au fond de sa gorge. Allongeant son cou et ouvrant sa mâchoire, il s’apprêta à faire feu. Une flèche siffla et percuta sa mandibule si fort qu’elle dévia le souffle ardent vers le ciel. L’un des guerriers balayé par la queue du dragon avait roulé sous son corps. Allongé dos au sol, il put exécuter parfaitement son tir de déviation à l’aide d’une arbalète en chêne. Malgré de nombreuses tentatives pendant la nuit, aucune de leurs armes n’eut raison de l’armure d’écailles de la bête. Après de longues tentatives de blesser la bête, ils se replièrent, relevé par un bataillon de lanciers reposés, dès les premiers rayons de soleil.

    De retour au camp, le commandant accueillit les quatre guerriers et leur pronostic. Aucune arme en leur possession ne leur offrirait la victoire. La conquête semblait fortement compromise. La journée se passa comme la première. Les bataillons se succédaient pour occuper la bête. Un émissaire fut envoyé en quête d’aide. Une rumeur courait au sujet d’un elfe, dresseur de dragon. Le cavalier le plus rapide se lança à sa rencontre. Aussi sûr de sa monture que de sa capacité à convaincre l’elfe de les aider, il assura le commandant de son retour pour la troisième aube. Celui-ci assura à son tour au bataillon d’élite qu’ils n’auraient à occuper le dragon qu’une seule nuit de plus, que la solution viendrait à eux avec le jour.

    Aucun d’eux n’avait menti. Le combat dura toute la nuit, les guerriers luttèrent pour leur survie face à un dragon toujours féroce. L’un d’eux fut brûlé au bras droit, le cuir semblant fusionner avec sa peau. 

    Un autre écopa d’une large entaille sur la cuisse, souvenir d’une griffe de dragon. Les deux autres s’en sortirent avec de nombreuses ecchymoses au torse et aux bras. Mais leur sauveur arriva avec la troisième aube, comme promis. Une silhouette encapuchonnée et à l’abri sous une longue cape marron gagna les gorges, transportant pour seul bagage un paquet allongé emballé dans un tissu beige. Il s’approcha rapidement, laissant retomber sa capuche sur ses épaules, dévoilant de longues oreilles pointues habillées d’une abondante chevelure dorée. Le linge de son paquet fut dénoué et déroulé, dévoilant un long bâton de bois noueux, surmonté d’une gemme translucide. 

    Bâton de commandement : Permet de domestiquer instantanément un Dragon.

    Un silence funèbre s’installa, stoppant même le chant des oiseaux. L’elfe brandit l’artefact haut devant lui et le balança lentement de la gauche vers la droite. Les yeux plissés du dragon s’arrondirent, de même que ses pupilles rivées sur la pierre précieuse au bout du bâton. La rage dont il eût fait preuve jusqu’alors disparut, enfouie en lui aussi longtemps que l’éclat du bâton brillerait devant ses fines pupilles noires.


    La légende raconte que le combat dura trois jours et deux nuits. La bataille prit fin grâce à l’alliance des hommes et des elfes, scellée par la promesse d’un partage équitable des gains. Les hommes purent jouir des territoires délivrés du joug de la bête. Les elfes, quant à eux, regagnèrent leur forêt avec le plus beau trophée vivant jamais rapporté.

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    * L’illustration de cette Légende représente une alliance entre les Elfes et les Humains.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende du Lac d’Abondance

    La légende raconte que le lac était symbole de paix et de prospérité. Les territoires limitrophes jouissaient de situations exceptionnelles. Les plaines étaient plus fertiles ; les montagnes abritaient de plus grands filons, les forêts plus d’espèces végétales et animales que l’on pouvait en compter ; les marais se situaient sur un trajet migratoire d’oiseaux dont raffolaient les gobelins. Les rumeurs racontaient que ces dons de la nature provenaient du dragon endormi dans les profondeurs des eaux turquoise. Quiconque souhaitait profiter de cet environnement passait le pacte du sang : aucun peuple ne devait le verser. Car le reptile rêveur, d’après les anciens écrits, risquait de s’éveiller et de déchaîner sa fureur au contact de l’hémoglobine.

    Tous se remémorèrent le pacte, ce jour-là. Les bannières et les drapeaux colorés dansaient avec la brise. Les chapiteaux et la musique s’élevaient aux bords du lac. Les chariots et les curieux se pressaient à l’entrée de la foire. Chaque année, la semaine précédant l’équinoxe du printemps se célébrait le festival du lac. À cette unique occasion, les quatre peuples se réunissaient autour de la paix et de la prospérité. Échanges commerciaux et culturels rythmaient les journées. La semaine s’achevait avec une touche de rivalité : le traditionnel concours artistique. Le risque de blessure avait écarté les compétitions sportives et les joutes. Tous s’accordèrent sur une compétition plus amicale.

    Au tour des humains, saltimbanques et cracheurs de feu animaient la scène. Costumes colorés, flammes domptées, balles de jonglages et danseuses maquillées se succédaient dans une cohue bien organisée. Au tour des elfes, la démonstration se faisait plus martiale. Tour à tour, l’élite des archers aux oreilles pointues atteignaient des cibles de plus en plus éloignées. Chaque flèche perçait le centre avant d’être remplacée par la suivante. Le numéro atteignit son summum avec les cibles mobiles : un des elfes projetait des pommes dans les airs, au-dessus de la foule, toutes interceptées par les tireurs postés sur la scène. Au tour des nains, l’ambiance gagna en spontanéité et en chaleur. Un premier s’installa seul, au centre de la scène, avec un petit instrument. Ses paumes frappèrent un rythme simple et répété. D’autres suivirent et s’additionnèrent à la mélodie initiale. Une incroyable famille de percussions prit place dans une simplicité harmonieuse. Peaux tendues, tiges métalliques, cloches, cylindres de bois contenant du sable et disques brillants offraient leur variété de sonorité à l’ensemble.  Au tour des gobelins, sauts et acrobaties firent trembler la scène. Du haut de leur petite taille, ils s’évertuaient à faire preuve d’agilité et d’ingéniosité pour dépasser le sommet des chapiteaux. Échelles et pyramides prirent formes, faisant oublier les individus, remplacés par d’incroyables portés.

    Le jury qui délibérait se composait d’un membre de chaque tribu. Pour éviter tout problème de compréhension, quatre jetons à l’effigie de chaque peuple servaient aux délibérations. Cette année, le choix était ardu tant et si bien que les voix haussèrent le ton.

    À l’écart du spectacle et de la foule, l’artificier nain achevait les derniers détails de sa prestation. Il quitta sa tente et prit un grand bol d’air frais. Le feu se tirait traditionnellement à l’annonce du gagnant du concours de talent. Au loin, sur scène, les quatre jurés discutaient toujours. Quelque chose dans l’atmosphère l’inquiéta. L’elfe tirait sur la barbe du nain, le gobelin plantait son poignard dans la table ronde où reposaient les jetons et l’homme les récupérait en esquivant habilement la petite lame aiguisée. Les spectateurs aussi s’agitaient, se chamaillaient, revendiquaient la victoire pour leur peuple. Une goutte de sueur glissa le long de la tempe de l’artificier. Il recula sans se retourner, glissant sous la toile de sa tente. Au fond, au sol, entre plusieurs rangées de caisses, une liane formée de dizaines de fines ficelles fut allumée. Les étincelles pétillaient autant que l’espoir dans les yeux du nain, espoir d’éviter la catastrophe. La flamme progressa le long des cordelettes, aussi fascinante que la chute de dominos bien rangés. La liane se divisa, les ficelles se désunissaient en une complexe arborescence. Le silence puis les fusées. Les disputes triviales s’interrompirent à la première explosion au-dessus d’eux. Les milliers d’yeux se levèrent, reflétant la multitude de paillettes incandescentes qui illuminaient le ciel nocturne. Les flashs lumineux se succédaient dans un balai incessant de couleurs et de formes étincelantes. La tempête d’explosions dominait le public redevenu calme. A l’apogée du spectacle pyrotechnique, une longue fusée siffla vers le ciel. Un silence, l’obscurité. Puis elle embrasa le ciel de deux grandes ailes rouges qui s’ouvraient au-dessus du lac avant de retomber avec légèreté à la surface de l’eau. Le dragon de feu s’éteint et retrouva sa prison au fond des abysses.


    La légende raconte que le lac était symbole de paix et de prospérité. Mais seule la lourde menace enfouie maintenait la trêve des quatre peuples autour de l’oasis.

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    * L’illustration de cette Légende représente la présence des 4 tribus dans un même Royaume.

  • Légendes d'Aetherya

    La Légende des ruines interdites

    La légende raconte qu’un trésor convoité par les plus grands chefs demeurait caché au sein de l’ancien temple bâti jadis par les hommes. Cet édifice fut construit en l’honneur de leur divinité afin d’y protéger leurs trésors et leurs plus grands secrets. Les ruines s’adossaient à la colline. Des statues aux silhouettes angéliques encadraient la porte en bois privée de plusieurs de ses planches. Des traces de pas se dessinaient dans la poussière déposée en fin tapis sur le sol en pierre taillée. L’elfe prit soin de poser le pied au creux des empreintes déjà présentes. La lumière éclairait la nef par tâche, s’immisçant par les ouvertures accidentelles de la voûte effondrée. La longue salle s’ouvrait latéralement en alcôves arrondies et accueillait tout au fond un autel encore décoré. L’estrade en bois supportait une massive table couverte de chandeliers, de coupes et de bouquets séchés, derniers trésors épargnés par d’anciens pillages. L’elfe alluma une torche et contourna la table, observant les empreintes disparaître sous une planche. Dessous se révéla un escalier intact aux marches étroites. L’écho de pas remontait des profondeurs. Quelqu’un le devançait de quelques minutes. Le visiteur se hâta de descendre en quête de la salle du socle. 

    Epée Magique : L'une des 12 différentes tuiles que l'on peut trouver dans le jeu et qui permet à celui qui la possède de favoriser l'issue d'une bataille.

    Les rumeurs évoquent une épée plantée en son sein, empreinte d’une magie très ancienne, épée qui octroierait la victoire sur les champs de bataille à qui la détenait. La lame brillante plantée dans son socle métallique trônait au centre de la pièce carrée. Une silhouette se figea, la main tendue vers le pommeau richement décoré de pierres précieuses prête à dégainer. L’elfe décocha rapidement une flèche pour faire reculer son concurrent. Il découvrit sans surprise la nature et la menace représentée par celui-ci. La petite mais imposante ombre décrocha un marteau de sa ceinture et un combat acharné s’engagea. Le nain brandit son arme et la lança avec force vers son opposant, décrochant la deuxième arme de son dos et parant la flèche suivante avec son bouclier ovale. L’elfe ayant esquivé le projectile riposta d’un tir précis stoppé par le bouclier. L’armure en plaque du nain l’incita à abandonner son arc au profit des deux longues lames effilées, extirpées de leur 

    fourreau avec hâte. Tous deux observaient et jaugeaient son adversaire, se faisant face. Lorsque l’un faisait un pas sur la gauche, l’autre suivait, dessinant un large cercle autour de l’arme légendaire. La tension nerveuse et musculaire augmentait à mesure que la trajectoire arrondie se resserrait en une spirale infernale. À portée de voix, l’elfe tenta de prendre l’ascendant :

    – Recule nain, quitte ce temple avant de le souiller de ton âme impie. Retourne dans ton antre humide et froide avec tes congénères.

    – J’étais là le premier, elfe, rétorqua le nain avec autant de condescendance que son adversaire. La victoire des nains est proche. Et ta chair sera la première à goûter cette lame.

    Cédant à la colère, les deux guerriers bondirent, marteau et lames prêtes à en découdre. Le nain frappa latéralement, visant les flancs de l’elfe dépourvues de côte de maille. Celui-ci dévia l’attaque d’une lame et contre-attaqua de sa deuxième, profitant de sa hauteur pour viser la faille entre le casque et le plastron. Sentant la menace venir d’en haut, le nain souleva son bouclier au-dessus de sa tête, rencontrant la résistance métallique de la lame elfique. Le choc fit reculer l’être sylvestre qui profita de ce nouvel élan. Il bondit, virevoltant dans les airs, filant au-dessus du nain, lames pointées vers le sol. Le bouclier toujours brandi stoppa les lames mais le nain s’écroula sous le poids de l’impact. L’elfe rebondit tel un félin, glissa sur le sol dans un demi-tour maîtrisé. Au sol, le nain saisit une poignée de sable et le lança devant lui, stoppant net toute tentative de riposte. L’elfe lâcha une de ses lames pour se frotter les yeux et vite recouvrer la vue. Un son caractéristique lui parvint aux oreilles : le chant sifflant d’une lame tirée de son fourreau. Libérant ses paupières des derniers grains de sable, sa vue confirma ses doutes : le nain, debout près du socle, tenait l’épée convoitée à la main, l’observant comme un trésor inestimable. Mais une lueur d’effroi s’immisça sur son visage barbu. Sa main se crispa autour du pommeau. Il recula dans un gémissement de douleur. Ses veines enflaient, son sang semblait refluer, comme aspiré par la lame. Ses muscles tétanisés l’empêchaient de lâcher l’arme dont la lame s’embrasa d’une flamme bleutée vaporeuse. De la magie. Bien décidé à s’emparer de l’artefact légendaire, l’elfe saisit le bouclier abandonné du nain et entreprit de le charger. Bouclier en avant, il courut vers le nain de tout son élan, l’épaule gauche appuyée contre le bouclier pour y concentrer toute sa force. L’impact fut brutal et sans appel.

    Un nain tomba, un bouclier se brisa, une lame de nouveau inerte glissa au sol. Le calme se redéposa comme la poussière au sol. L’elfe couvrit la lame de sa cape et l’emballa soigneusement pour éviter tout contact direct avec. Laissant le nain comateux, il quitta les ruines le plus rapidement possible.

     

    La légende raconte qu’un trésor convoité par les plus grands chefs demeurait caché au sein d’un ancien temple bâti jadis par les hommes. Chaque médaille a son revers et seul un guerrier aguerri et méritant pouvait brandir cette arme magique, au risque de voir sacrifier son énergie vitale. C’est ainsi que furent réunis les plus grands héros elfiques pour tenter de brandir l’épée sans dépérir et ainsi renverser le cours de la guerre contre le peuple nain.

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    * L’illustration de cette Légende représente une bataille Légendaire entre le peuple Elfe et le peuple Nain.

  • Légendes d'Aetherya

    Prologue

    La porte en bois grinça, laissant entrer une silhouette inconnue dans l’ambiance échauffée et bruyante de la taverne. L’homme, peu marqué par l’âge, observait la salle depuis le seuil. Il portait des bottes montantes boueuses aux boucles brillantes, surplombées d’un pantalon en tissus sombre. De son ceinturon en cuir brun pendait une épée au pommeau banal. Son gilet en peau renforcé habillait une chemise en lin. Son allure et son regard curieux attestait de sa carrière d’aventurier débutante. Une voix s’éleva de derrière le comptoir en bois massif, profitant de l’accalmie provoquée par la jeune arrivée :

    – Qu’est-ce que je vous sers, jeune homme ?

    S’approchant timidement, l’aventurier demanda :

    – Une chope de bière et quelques renseignements.

    La taverne, bien qu’en territoire humain, accueillait des êtres de tous horizons. Chacun tendait l’oreille, en quête d’informations, dans ce lieu d’étape aux abords de la capitale. Malgré les tensions inter raciales, elfes et nains étaient autorisés à y séjourner. Pour leurs plantes médicinales et arc pour les uns ; leurs minerais et armures pour les autres. Mais tous venaient pour la même et unique raison.

    – Chut ! Intervint le tavernier. Ne le mentionne pas ici, enfin, c’est trop dangereux ! Suis-moi, jeune naïf.

    L’homme trapu en tablier l’invita à l’arrière de la cuisine. Une petite cour menait aux appartements du personnel où les portes se succédaient le long du grand mur en colombage.

    – C’est quoi cette histoire de livre, bon sang ? Gronda le tavernier en claquant la porte derrière eux. Tout ce qui touche à ton père est devenu tabou, l’aurais-tu oublié ? Il est dangereux d’avoir un lien avec lui, surtout depuis la grande guerre. Toi et moi, on nous tuerait dans la nuit pour ébranler la paix qu’il a durement établie.

    – Mais tu as été son compagnon si longtemps, protesta le jeune plein d’espoir. Tes récits compléteraient à merveille ses histoires. Il ne fait que divaguer ses derniers temps à cause de sa blessure à la tête. La colère gronde au sein des peuples. Les conflits se multiplient. Écrire ce livre renforcerait les alliances fragilisées par les incidents de la forêt millénaire et les rumeurs au sujet des dragons.

    Le tenancier réfléchit en silence, les yeux balayant sa collection d’armes anciennes fixées au mur.

    – Pense à tous les clients que tu perdrais, la réquisition de tes filles aux champs et de tes fils plus âgés, si la guerre…

    – C’est bon ! C’est bon, protesta l’ancien. Tu as gagné. Je vais te raconter. La grande traversée du massif enneigé, la guerre noire et la reddition du roi gnome. Tout. Mais d’abord, il te faut un titre. Dis-moi, comment s’appelle ton livre ?

    Le jeune homme extirpa de son sac un gros grimoire à la couverture de velours et aux teintes bordeaux.

    – Les Légendes d’Aetherya.

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    * L’illustration de ce prologue correspond au dos commun des 15 cartes Légendes du jeu.